Newsroom : des ingénieur-e-s des médias révolté-e-s contre le digital

Newsroom : des ingénieur-e-s des médias révolté-e-s contre le digital

Qu’est-ce qui vous révolte ? La phrase, lâchée en début de cours, est forte, le regard des futur-e-s ingénieur-e-s des médias est perplexe. La révolte jaillit, l’omniprésence du digital dérange.

Le cadre est posé dès le début du cours Newsroom. L’objectif présenté semble simple, concrétiser un projet de communication autour d’un thème, la révolte. Un peu perdus au début, les étudiant-e-s en ingénierie des médias sont vite pris au jeu. Les idées quant aux révoltes politiques, sociales, historiques ou culturelles fusent. Une seule révolte réunit, la révolte contre le digital.

La censure opérée par les GAFA[1] révolte. La puissance des GAFA révolte. Le sentiment de dépendance des réseaux sociaux révolte. L’impression de perdre du temps révolte. L’obligation de s’inventer une vie révolte. Le cyberharcèlement révolte.

Dans une école d’ingénieurs, l’idée de « se révolter contre le digital » est paradoxale. Là où la technologie règne en maître, l’idée de s’en débarrasser choque. Pourtant, personne n’est mieux placé pour connaître ses inconvénients que celui ou celle qui tous les jours l’utilise, cherche tous les jours à la maîtriser et tous les jours la crée.

Au pic de la révolte, seuls certains osent agir. Irina Despot, une future ingénieure des médias a décidé de passer à l’action. Durant cinq jours, elle se prive d’écran. La déconnexion est totale. « Je vais retrouver un rythme plus lent, plus naturel, et trouver des alternatives à tous les outils digitaux habituels » prévoit-elle. Le choix de se séparer de tous ses écrans représente une somme de petits changements. Elle a dû ressortir une plume et un stylo, remettre une montre et accepter de ne pas être joignable 24 heures sur 24. Les premières heures sont les plus déstabilisantes : « Rentrer chez moi fut la première étape dérangeante. Je n’avais rien prévu pour m’occuper dans le train. »

L’acclimatation à l’absence d’écran se fait rapidement pour Irina Despot. Sa passion pour le jeu de cartes à collectionner « Magic : the Gathering » lui permet d’occuper son temps libre. Son temps libre ne change pas fondamentalement ; il est, simplement, un peu plus lent. La réelle difficulté de son expérience, elle va la vivre dans sa vie professionnelle. La programmation, la collaboration ou l’écriture de textes sans les outils digitaux sont autant d’embûches tout au long de sa semaine.

Cinq jours plus tard, la reconnexion s’avère un moment agréable. Elle dépend beaucoup trop du monde digital pour pouvoir se séparer de tout. Tant professionnellement que personnellement, tout dans sa vie nécessite un écran. Durant cette période déconnectée, elle a beaucoup appris sur elle-même. Son avenir numérique en est directement impacté avec la diminution du temps sur les réseaux sociaux, la concentration sur une tâche ou la nécessité de trouver des alternatives à son smartphone. C’est avec une conviction qu’elle achève  son expérience. La révolte contre la surconsommation digitale consiste trop souvent à dire aux autres comment changer, rarement à agir.

Cette révolte contre l’overdose digitale, Irina Despot n’est pas la seule à l’avoir faite. Comme elle, des milliers de personnes ont entrepris ce que les médias appellent une « Détox Digitale ». Julie, une jeune community manager a réalisé une cure pour guérir sa dépendance et son mal-être dû à sa surconsommation numérique. Le blogueur, et expert des nouvelles technologies, Thierry Crouzet s’est déconnecté six mois pour soigner son addiction. Lee Bell, journaliste technologique pour Forbes, s’est complètement détoxifié durant ses vacances sur une île paradisiaque. L’idée séduit jusqu’à Tim Cook, le CEO d’Apple qui s’inquiète de sa consommation numérique. Ils en sont tous sortis avec une certitude : de leur révolte est né un nouvel équilibre.

Source :

Détox digitale, une ingénieure des médias hors connexion – Magasine pour le cours Newsroom – Classe MM 45

Digital Detox – http://digitaldetox.org

What Really Happens To Your Brain And Body During A Digital Detox – Elizabeth Segran – Fast Company – 30 juillet 2015 – https://www.fastcompany.com/3049138/what-really-happens-to-your-brain-and-body-during-a-digital-detox

Time To Log Off – https://www.itstimetologoff.com

Executives say ‘digital detox’ retreats are key to their success – Jeanne Sahadi – CNN Business – 8 février 2019 – https://edition.cnn.com/2019/02/07/success/digital-detox-executives/index.html

J’ai fait une détox digitale – Marie Le Marois – Psychologies – 12 juillet 2016 – https://www.psychologies.com/Culture/Ma-vie-numerique/Articles-et-Dossiers/J-ai-fait-une-detox-digitale


[1] : Acronyme pour Google, Amazon, Facebook et Apple, les quatre plus grandes entreprises technologiques dans le monde.

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