Céline Simonetto rejoint le MEI : « Je cherchais à travailler dans un environnement multidisciplinaire et dynamique. »

En Janvier 2021, Céline Simonetto a rejoint la Haute École d’Ingénierie et de Gestion du Canton de Vaud (HEIG-VD)

Polygraphe et titulaire d’un CFC de photographe, Céline possède de nombreuses cordes artistiques à son arc. A la suite d’une formation supérieure en photographie à l’École Supérieure d’Arts Appliqués de Vevey en 2016, elle enchaine un bachelor en entrant directement en deuxième année à la HEAD.

Sa sensibilité à l’objet, à l’argentique, son rapport à l’image lui offre une vision artistique unique. Son expérience en photographie vient à merveille compléter les compétences nécessaires au studio photo et vidéo du MEI.

Elle s’impliquera dans de nombreuses activités et projets notamment en lien à la Maison d’Ailleurs, le CréaCodeClub et le rayonnement du MEI.

Découvrez dès à présent son parcours, sa vision et ses motivations au travers de cet interview. Nous sommes tout particulièrement ravis de l’accueillir au sein de l’institut et nous sommes impatients de découvrir ses créations.

Tu as commencé une carrière dans le graphisme particulièrement tôt, peux-tu nous la raconter ?

À 17 ans, j’ai commencé par un apprentissage de quatre ans en tant que polygraphe au sein d’une agence de graphisme. Ce moment me tient tout particulièrement à cœur : c’est là que j’ai tout appris grâce à mon maitre d’apprentissage, qui m’a vraiment pris sous son aile. Au travers de cette expérience enrichissante, j’ai ainsi été initiée au monde du travail et du prépresse. J’ai eu l’avantage de pouvoir toucher à tout et apprendre de nombreuses facettes des métiers des arts graphiques.

« Il est essentiel pour moi de réfléchir d’abord à l’objet final, avant même de rentrer dans sa conception. »

Pourrais-tu nous décrire ce qu’est pour toi le métier de polygraphe ?

Le métier de polygraphe d’il y a 10 ans était certainement différent d’aujourd’hui : nous travaillions sur des logiciels qui n’existent plus, nous étions très orientés « print ». Je pouvais encore toucher le papier en imprimerie. Le polygraphe se situe entre les graphistes et les imprimeurs. Il s’agit de ceux qui vont mettre en page, gérer les fichiers, les envois pour impression… C’est un peu les « techniciens du PDF » comme on dirait aujourd’hui. Cela reste un métier protéiforme : certains polygraphes sont amenés à travailler dans des agences de graphisme ou de communication et seront alors plutôt créatifs, d’autres travailleront plutôt dans des imprimeries pour recevoir des fichiers, les « absorber » et les envoyer en presse.

Même si le métier de polygraphe s’est fortement digitalisé, il est essentiel pour moi de réfléchir d’abord à l’objet final, avant même de rentrer dans sa conception. Je reste sensible à l’objet, je travaille par exemple encore en argentique.

« La photographie me permet d’avoir un autre rapport au monde, qui s’en trouve alors complètement changé et influencé. »

Quelle est ta relation à l’image au travers de la photographie ?

C’est en constante évolution. Par exemple, je ne pensais pas apprécier la photographie de terrain. Ces deux dernières années, j’en ai pourtant fait l’expérience grâce à mes mandats ou encore en exerçant le métier de photojournaliste. Je me suis ainsi rendue compte que j’aimais être sur le terrain, me challenger, aller à la rencontre de l’autre. C’est une bonne chose que cette relation évolue, qu’elle ne soit pas figée : ce n’est jamais terminé, on progresse toujours et on apprend toujours, notamment sur soi-même.

Certaines personnes ont une vision romantique des photographes, elles pensent qu’il y a avant tout quelque chose de poétique dans le fait de prendre une image. Alors qu’au fond, l’appareil photo permet aussi de prendre le contrôle d’une certaine forme de réalité et d’en tirer une certaine satisfaction. Dans mon cas, il sert à canaliser et cadrer certaines pulsions de contrôle.

Grâce à l’appareil, la ou le photographe n’habite pas forcément le monde d’une façon aussi étroite, c’est un peu un.e.x cachotier.ère.x qui s’autorise une certaine distance. La photographie a un aspect solitaire que j‘apprécie à certains moments, tout en appréciant aussi les rencontres qu’il provoque.

Finalement, la photographie me permet d’avoir un autre rapport au monde, qui s’en trouve alors complètement changé et influencé. Je vois les couleurs différemment, je vois la lumière différemment.

Qu’est-ce qui t’a conduit à faire de la médiation culturelle à la Ferme des Tilleuls ?

Je suis arrivée là un peu par hasard. Mais la médiation culturelle m’a toujours intéressée. J’apprécie de prendre la parole en public, j’aime enseigner, transmettre, ce sont pour moi des valeurs essentielles. La Ferme des Tilleuls propose et organise de nombreux événements culturels, notamment des expositions d’artistes et de photographes. C’est également très intéressant de voir un lieu naissant (La Ferme n’a que 4 ans) qui évolue, qui change, où tout est à créer. J’y fais de l‘accueil des visiteurs, des visites guidées et j’ai eu l’occasion de donner des cours de cyanotype à des  enfants. Bien que je n’y sois que quelques jours par mois, je ne souhaite pas lâcher cet emploi qui me permet de garder un pied dans la culture, dans la médiation, etc. Au sein du MEI, j’adorerais assister des professeur.e.x.s, donner des cours, donner des workshops, pour parfaire mon expérience dans ce milieu.

Peux-tu nous parler de ta récente création, la revue « Mets tes palmes » ?

Plusieurs collectifs féministes se sont créés à l’occasion de la grève du 14 juin 2019. J’ai d’abord intégré le collectif de Vevey, au sein duquel j’ai proposé courant 2020, pendant le premier confinement, le projet de monter une revue. Avec l’énergie créatrice dégagée par cette période, un seul message WhatsApp a motivé une dizaine de personnes. Notre première revue a vu le jour le 14 juin à prix libre, et a rencontré un franc succès. Nos revues s’écoulent environ à 500 exemplaires à chaque numéro, nous sommes agréablement surprises du succès que nous rencontrons.

Pour chaque sortie de revue, nous organisons un vernissage et une soirée de soutien.

C’est un projet qui m’a énormément appris : à travailler en groupe, utiliser des outils que je connaissais finalement peu, gérer des délais, trouver des compromis, travailler dans l’urgence, faire des demandes de fonds.

Qu’est-ce qui t’a conduit au MEI ?

Après ma formation de polygraphe, j’ai enchaîné avec une maturité artistique et un CFC de photographe que j’ai pu réaliser en deux ans au CEPV. J’ai ensuite suivi une formation supérieure en photographie au sein de cette même école, avant de me diriger vers la HEAD à Genève pour y faire un Bachelor. Cependant, à la suite de dix années d’études, j’ai ressenti le besoin de mettre en pratique mes acquis.

Je pense que le MEI et le COMEM accordent de la valeur aux connaissances transversales. De mon côté, je cherchais à travailler dans un environnement multidisciplinaire et dynamique. Il était en effet important pour moi de pouvoir exercer mes différentes compétences et de ne pas rester coincée dans une seule case.

Je me réjouis de travailler sur les différents projets du MEI, notamment en lien avec le CreaCodeClub et tout particulièrement le projet de revalorisation de la collection de La Maison d’Ailleurs. Secrètement passionnée de science-fiction, c’est un projet qui me parle vraiment.

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